Mickaël Biron (AS Nancy Lorraine).
Interview

Mickaël Biron : « Je n’aimais pas le foot »

Publié le 25/03/2021 à 08:57 - NM

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Ses débuts dans le handball, son histoire avec le foot, son passage en Suisse, la Coupe de France, son premier contrat pro à 22 ans, sa saison, l’équipe nationale de Martinique… Entretien avec le meilleur buteur de l’AS Nancy Lorraine Mickaël Biron.

Parmi les révélations de Ligue 2 BKT cette saison, Mickaël Biron enchaîne les bonnes performances sous les couleurs de l’AS Nancy Lorraine. Avec 12 buts inscrits en 26 matchs pour sa première saison en professionnel, le Martiniquais, âgé de 23 ans, est le 4e meilleur buteur du championnat. Encore en Régional 1 sur son île il y a 3 ans, l’attaquant au parcours sinueux ne s’attendait pas à jouer autant. Encore moins à être aussi prolifique pour son premier exercice à ce niveau.

Mickaël Biron, comment votre histoire avec le foot a-t-elle débuté ?
Quand j’étais petit, j’ai commencé par jouer au handball. C’était mon sport favori. A l’âge de 13 ans, j’ai été appelé en sélection de Martinique des moins de 17 ans et je suis allé jouer en Guadeloupe. Ensuite, je devais partir en France pour rejoindre un pôle espoir qui m’avait repéré, mais mon père a refusé. Il voulait que je me concentre sur le foot. C’est à partir de là que j’ai commencé à abandonner le hand pour privilégier le foot.

A cette époque, rêviez-vous de devenir footballeur professionnel ?
Non, pas du tout ! Je me voyais faire carrière dans le hand. Le foot ? Je jouais sans jouer. Quelquefois après l’école et pendant mon temps libre avec mes amis, mais, franchement, je n’aimais pas le foot. Prendre cette direction, c’est une décision de mes proches. Un jour, je jouais avec mes grands-pères et ils m’ont dit : « Tu es fort. Il faut que tu rejoignes un club. » Ils ont parlé avec mon père et il m’a inscrit dans le club de ma ville, le New Star de Ducos.

A quel âge avez-vous vraiment débuté le foot ?
J’avais 15-16 ans. Plus petit, j’étais inscrit dans un club mais j’allais plus à l’entraînement de hand qu’à celui de foot. Mais à partir du moment où je me suis concentré pleinement sur le foot, j’ai commencé à aimer ce sport, à le regarder à la télé et j’ai voulu devenir professionnel. J’ai enchaîné plusieurs clubs en Martinique : le New Star, le Stade Spiritain et le Gri-Gri Pilotin FC. J’ai aussi fait des tests dans plusieurs clubs professionnels, mais je n’ai pas été pris parce que j’étais trop petit.

Ensuite, vous rejoignez la Suisse. Pouvez-vous nous raconter cette expérience ?
Je suis parti là-bas à l’âge de 17 ans, par l’intermédiaire d’une personne qui m’avait détecté en Martinique. Au début, ça se passait bien puis tout s’est dégradé. Cette personne était malintentionnée. Elle m’avait vendu le club (le FC Champagne) comme étant professionnel et je me suis aperçu que ce n’était pas du tout le cas en arrivant. Mais c’était trop tard, je n’allais pas repartir en Martinique. Il y avait de bons joueurs mais le championnat n’était pas de haut niveau. On me rassurait en me disant que c’était un bon endroit pour se faire repérer. Mais quand j’ai voulu faire un test au FC Bâle, le président m’a répondu que je sortais trop. C’était surréaliste, je ne connaissais pas la Suisse, je ne voyais pas où je pouvais sortir. Il voulait juste que je reste dans son club. Au bout de deux saisons, j’ai vu que ça ne m’apportait rien du tout et je suis parti.

« Je ne pensais plus du tout devenir professionnel »

Vous tentez tout de même votre chance dans d’autres clubs suisses…
Oui, j’ai signé au FC Renens, où je suis resté pendant un an et demi, puis je suis allé au FC Lausanne-Sport avec les moins de 21 ans. Mais je n’avais pas de revenus fixes. Niveau budget, ça devenait difficile de vivre correctement. On ne voulait pas m’offrir un salaire. Dans tous les clubs où j’ai évolué en Suisse, je jouais quasiment pour rien. En plus, je ne connaissais personne, j’étais tout seul. A l’époque, j’étais jeune et je ne savais pas comment le monde du foot fonctionnait. Plus tard, je me suis rendu compte que j’avais perdu mon temps.

Vous rentrez en Martinique, comme un retour à la case départ. Vous vous dites que c’est terminé le foot ?
A ce moment-là, je ne pensais plus du tout devenir professionnel. Je voulais simplement jouer au foot dans ma commune, tranquillement, sans prise de tête et avec mes amis. Petit à petit, j’ai repris goût au football, je suis retourné une saison au New Star de Ducos, puis j’ai rejoint le Golden Lion. En parallèle, j’ai passé un CAP de peintre en bâtiment. Et un ami qui travaillait dans une entreprise de climatisation m’a proposé de m’embaucher. J’ai accepté. J’ai posé des climatiseurs pendant plusieurs semaines, puis ce 7e tour de Coupe de France face au SAS Epinal est arrivé.

Pouvez-vous nous raconter ce match qui va changer votre vie ?
C’était un événement attendu, il y avait beaucoup de supporters qui étaient venus de toute la Martinique. Je n’avais jamais joué dans une telle ambiance. Le match s’est bien déroulé, on tient le nul avant de perdre lors de la prolongation (2-2, 2-4 a.p.). J’ai inscrit le but de l’égalisation et il paraît que j’ai bien joué. A la fin du match, le coach d’Epinal (Xavier Collin) est venu me voir et m’a directement demandé si j’étais intéressé pour rejoindre le club. Dans la foulée, le capitaine d’Epinal (Ismaël Gace) a rejoint la discussion. Ils m’ont exposé le projet du club et vanté l’ambiance. J’ai donné mon numéro mais, dans ma tête, après ce que j’avais vécu en Suisse, je me disais que rien n’était acté.

Et finalement, le coach vous a bien appelé...
Oui. J’ai passé mon téléphone à un proche, Jérémy Liénafa (joueur au Golden Lion). Il a longuement discuté avec le coach pour savoir si c’était un projet fiable. Mais je ne voulais pas y aller, je n’avais plus envie de quitter la Martinique. Jérémy, d’autres amis et ma famille m’ont dit : « Micka, vas-y ! Tu vas y arriver. S’il le faut, on sera là pour toi. » Ils m’ont convaincu et j’ai rejoint Epinal en juillet 2019. Sur le terrain, ça s’est bien passé. Certes, je n’ai pas beaucoup marqué, mais dans le jeu, j’étais présent. Je sentais que j’étais en train de progresser, mais le championnat s’est arrêté tôt à cause du Covid.

Avec Epinal, vous brillez encore en Coupe de France. C’est à ce moment-là que Nancy vous repère ?
Au vu de mon match contre Epinal la saison d’avant, je savais que des clubs allaient surveiller les joueurs qui brillent dans cette compétition. On a joué contre Sochaux, le LOSC et l’AS Saint-Etienne au stade Marcel-Picot en quart de finale (défaite 1-2). L’équipe a fait des bons matchs et j’ai tout donné à chaque fois. Donc, oui, je pense que Nancy m’a repéré à ce moment-là. A l’arrêt de la saison, je suis rentré en Martinique pour le confinement et j’ai reçu un coup de fil pour me dire que Nancy était intéressé par mon profil. J’étais quand même surpris parce que je m’étais moins illustré que Jean-Philippe Krasso (recruté par l’ASSE en juillet 2020).

« J’espère atteindre la barre des 15 buts »

Quel sentiment avez-vous ressenti au moment de la signature de votre premier contrat pro l’été dernier à 22 ans ?
C’était une grande satisfaction au vu de mon parcours et de mon enfance un peu difficile. Car, comme tous les gens qui n’ont pas beaucoup de moyens, j’ai connu la galère. Je me suis dit : « C’est bon, j’ai enfin réussi ». Si je n’avais pas écouté ma famille et mes amis, je ne sais pas ce que je ferai aujourd’hui. Je serais certainement encore en train de poser des climatiseurs et de jouer au foot en Martinique.

Vous vous attendiez à jouer aussi rapidement et autant avec l’ASNL ?
Pas du tout. Pendant la préparation, Jean-Louis Garcia m’a directement titularisé et, comme toujours, j’ai tout donné. Dans ma tête, je me suis dit que j’allais peut-être avoir un coup à jouer. Et finalement, je suis titulaire dès la première journée de championnat. J’ai enchaîné et, depuis, je ne sors presque plus du onze de départ. Au début, j’avais beaucoup de pression mais ça s'est atténué au fil du temps. Marquer un doublé dès la 2e journée m’a permis de rapidement emmagasiner de la confiance. Maintenant, j’espère atteindre la barre des 15 buts.

Quel rôle joue Jean-Louis Garcia dans votre progression ?
On a une très bonne relation. C’est un entraîneur qui m’apprend beaucoup de choses. Il aime donner des conseils et n’hésite pas à hausser la voix, que ce soit à l’entraînement ou en match. Mais au moins, il fait progresser ses joueurs. Je considère qu’il a changé mon football. Il m’a appris à mieux garder mon calme sur le terrain, à ne pas m’agacer pour ne pas sortir de mon match. A l’entraînement, je sais que lorsqu’il me crie dessus, c’est pour me donner de bons conseils. C’est là que je progresse le plus, surtout dans la finition. S’il ne nous mettait pas autant de pression, peut-être que nous ne serions pas dans une aussi bonne dynamique (une seule défaite et 26 points pris en 2021).

Vous représentez la Martinique en sélection depuis 2018. Quel sentiment éprouvez-vous lorsque vous portez le maillot de votre île ?
C’est une grande fierté pour moi. Je suis très content chaque fois que je vais jouer avec la sélection. Avec tous les joueurs professionnels, on a une grande responsabilité. Notre présence permet de développer le foot en Martinique. J’essaye de toujours mettre mon île en avant. Quand des jeunes viennent me demander des conseils, je fais tout pour les aider. Je leur dis ce qu’il faut faire ou ne pas faire.